Neuroéducation

Qu'est-ce que c'est ?

Les neurosciences s'intéressent au fonctionnement du cerveau et permettent de déterminer les processus engagés au moment où une personne réalise une action physique et/ou mentale.

 

Elles sont aidées en cela par les techniques d'imagerie cérébrale :

  • celles qui mesurent le débit sanguin révélateur d'une activité neuronale : la TEP (Tomographie par Émission de Positrons" et l'IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle)

  • celles qui mesurent le temps de réaction : la MEG (Magnétoencéphalographie) et l'EEG (Électroencéphalographie).

La "neuroéducation" appelée aussi "neuropédagogie" vise à établir des passerelles entre les avancées issues des neurosciences et celles des autres disciplines (psychologie, sciences cognitives, sciences de l'éducation, psychologie sociale, pédagogie, etc.) dans l'espoir d'aboutir à une métadiscipline qui combineraient l'ensemble des approches.

La neuroéducation s'intéresse à la fois à la transmission (côté enseignant) et à l'apprentissage (côté apprenant), ces deux aspects étant les faces indissociables d'une même réalité.

Ce que nous retenons des neurosciences

Les résultats scientifiques sont venues conforter en grande partie les approches pédagogiques engagées dans les pédagogies alternatives. Il ne s'agit pas pour autant de faire des neurosciences la panacée. Comme l'a dit Philippe Meirieu, "la science ne fait pas la classe" c'est-à-dire qu'en dernier ressort ce sont les aptitudes du facilitateur qui permettront d'interagir et d'offrir à l'apprenant, à travers une médiation (voir Feuerstein et Sixt), les conditions optimum d'apprentissages. Il s'agit surtout d'un savoir-faire et d'un savoir être qui échappent aux sciences et que l'on appelle la "pédagogie", même si les sciences sont nécessaires pour éclairer les pratiques.

  • Les neurosciences ont identifié certaines erreurs voire des idées reçues en terme d'éducation, ce qui permet à ceux qui transmettent de réviser et d'actualiser leur pratiques.

  • Elles ont révélé le fonctionnement cérébral dans le processus d'apprentissage et notamment l'existence de 3 systèmes :

    • Système 1 : plutôt automatique, basé sur des heuristiques, c'est-à-dire des stratégies qui permettent de prendre des décisions rapidement (économie d'énergie) mais qui sont aussi la sources d'erreurs et de biais cognitifs. Certaines erreurs sont socioculturelles et touchent les enfants comme les adultes.

    • Système 2 : plutôt réfléchi, basé sur des algorithmes exactes ou règles logiques qui permettent de prendre des décisions sans erreurs. Ce système est gourmand en énergie et plutôt lent.

    • Sytème 3 : une sorte d'arbitre entre le système 1 et 2 car c'est lui qui inhibe l'un ou l'autre. La capacité à inhiber, c'est-à-dire à résister au système 1 pour se mettre en système 2, serait la marque de l'intelligence.

    • Les deux premiers systèmes sont déjà présents chez le bébé mais le système 3 arrive tardivement dans le développement de l'individu (entre 12 et 25 ans) ce qui explique notre difficulté à le mettre en oeuvre par rapport aux autres systèmes déjà bien ancrés.

  • Elles démontrent la nécessité de se servir des résultats des neurosciences pour mieux éduquer: par exemple, entrainer les élèves à "basculer" en activant le système 3.

  • Elles prouvent que le cerveau ne se développe pas de façon linéaire comme le concevait Piaget mais de façon dynamique, itérative, incrémentielle avec des retours en arrières...

  • Elles rendent intelligibles certains mécanismes liés à l'attention (l'intentionnalité et la réciprocité chez Feuerstein), la mémoire (la répétition), l'engagement actif (pédagogies de projet et actives), la consolidation (métacognition), etc.

  • Elles expliquent que le cerveau internalise son environnement et que cet environnement est fondamental (ce que disent déjà les sociologues) car il s'imprime dans le cerveau. Etre soumis au "beau", à un environnement esthétique génère des réactions physico-chimiques qui favorisent les apprentissages. L'environnement socioculturel génère des "circuits neuroculturels" et on comprends du même coup que les inégalités environnementales ont une réelle incidence.

  • Elles montrent en quoi l'inhibition, c'est-à-dire le contrôle cognitif, est aussi un processus qui favorise le contrôle de soi ce qui permet de considérer le point de vue de l'autre en prenant du recul sur ses propres représentations et une vision égocentrée ; l'inhibition permet alors de servir la paix de l'humanité tel que l'envisageaient les fondateurs des pédagogies nouvelles (Freinet, Montessori...).

La neuroéducation n'est pas une pédagogie. Elle n'est qu'un outil, parmi d'autres, au service de la pédagogie.