La Lecture en Couleur© est une approche par les sons qui permet de travailler la prononciation en s'exonérant de la graphie (ce qui évite la double tâche en pédagogie : demander à l'apprenant de faire 2 opérations en même temps est très difficile - on rejoint là, la pédagogie Montessori dont le matériel autocorrectif est conçu pour ne proposer qu'un concept à la fois), la flexibilité mentale (opérations d'association, d'inversion, de substitution, d'insertion, d'itération, etc. - on rejoint le développement des fonctions cognitives chères à Feuerstein), en associant une couleur à un son et à un espace physique (le multicanal pour maximiser l'apprentissage).

Plusieurs canaux sensoriels sont donc mobilisés (la vue, la kinesthésie, l'ouïe) ce qui permet une intégration de l'information sans coût d'énergie ou pour un coût minimal. En effet, à chaque fois que le cerveau apprend, il dépense de l'énergie : il faut que cette énergie dépensée servent à quelque chose c'est-dire que l'information soit réellement retenue, reliée à une autre et surtout réutilisable dans d'autres contextes. Dans le cas contraire, on aurait dépensé beaucoup d'énergie à apprendre par coeur, du vocabulaire par exemple, sans pour autant pouvoir s'en souvenir ou le réutiliser. Dans la pédagogie Gattegno, on distingue la "prise de conscience", qui correspond à un "eurêka", un "insight", de la "prise de connaissance", qui correspond à emmagasiner une information. La première ne coûte rien, la seconde est très coûteuse. La première est généralisable et permet de se débrouiller dans d'autres cas de figures, la seconde ne le permet pas et est infiniment gourmande en énergie car les connaissances à emmagasiner sont aussi infinies.

La technique qui oblige l'apprenant à pointer sur une table les sons qu'il utilise pour construire son mot permet au facilitateur de se rendre compte instantanément de ce qui se passe dans la tête de cet apprenant : la fameuse "boîte noire" se révèle (ce qui n'est pas le cas dans une pédagogie traditionnelle) et il est possible d'adapter immédiatement la posture pédagogique à l'apprenant et ainsi, de personnaliser son action pédagogique.

Comme pour la lecture, le FLE ou l'anglais, la pédagogie Gattegno permet de comprendre ce que l'on apprend, pourquoi les choses sont ainsi, c'est-à-dire d'intégrer le sens de ce que l'on fait.

Le facilitateur "Gattegno" est un médiateur. Il parle peu, fait faire, travaille à partir des erreurs, encourage. Cette approche rejoint celle de Feuerstein. Il propose des exercices-ludiques (le matériel avec ses couleurs est déjà très ludique) qui permettent de répéter tout en avançant chaque fois d'un pas : comme en Design Thinking, le travail est itératif et incrémentiel.

Après ces 2 jours, j'ai pû constater à quel point nous avons été conditionnés par nos apprentissages et qu'il nous manque les bases.

Prenons l'anglais :

  • le travail sur la table des sons anglais a permis de prendre conscience de la prononciation de certaines lettres et de l'absence d'autres : "mo(re)" est constitué de 2 sons, le reste ne se prononçant pas mais s'écrivant. On a pu constater les différences sonores entre le français et l'anglais...

  • Le souffle : on a découvert que le "a" se prononçait plutôt dans la gorge alors qu'en anglais il venait des poumons... il ne s'agit donc pas, des mêmes organes, ni de la même dépense énergétique...

  • Une table américaine des sons a révéler les différences de prononciation simplement en pointant les sons mobilisés dans un mot... On a pu constater visuellement et physiquement que pour un même mot, la voyelle et la consonne pouvait différer... ce qui change énormément la prononciation de celui-ci.

  • La méthode permet aussi de travailler la conjugaison et la grammaire... et dans diverses langues dont l'espagnol.

Il n'est pas évident d'expliciter en détail dans un post ce qu'est la pédagogie Gattegno mais vous l'aurez compris, elle est bien plus qu'une technique et surtout elle permet de construire des bases solides tout en étant centrée sur l'apprenant.

Elle est utilisée dans divers contextes : les enfants qui apprennent à lire, les étrangers qui apprennent le français ou en remédiation...